CIAO ITALIA Un siècle d’immigration et de culture italiennes en France (1860-1960)

Spread the love
Du 28 mars au 10 septembre 2017 au “Musée national de l’histoire de l’immigration”
L’exposition “Ciao Italia”  rend compte pour la première fois de l’histoire de l’immigration italienne en France, qui reste à ce jour la plus importante de l’histoire française.

Il existe toute une mythologie autour de l’émigration italienne aux États Unis, documentée par des centaines de film, de livres et de photographies d’époque. Une mythologie à laquelle je me surprends à être réceptive, peut-être à cause de cet arrière-grand-père parti pour l’Amérique en 1920 et revenu sept ans plus tard avec de quoi s’acheter une maison que – ironie du destin – les Américains bombarderont quelques décennies plus tard.

L’immigration italienne en France, dont l’exposition “Ciao Italia” retrace un siècle (de 1860 à 1960) est moins évocatrice d’images et de clichés, mais elle n’a pas été historiquement moins importante, que ce soit en termes de chiffres ou en termes d’impact sociétal.

 

C’est peut-être aussi l’idée préconçue selon laquelle elle se déroula paisiblement, sans tensions particulières, qui amène à la rendre moins romanesque et à la reléguer aux statistiques démographiques plutôt que d’en faire matière cinématographique ou littéraire.

En réalité, durant la première vague d’immigration, entre 1890 et 1910, la présence italienne fut perçue comme une invasion défavorable aux travailleurs français et associée à la criminalité ou au terrorisme anarchiste, ce qui produisit de violentes tensions. C’est ce que nous apprend le premier document de l’exposition, un article de la fin du XIX siècle, relatant deux féroces “chasse aux italiens”, terminées par quelques morts et plusieurs blessées : les “Vêpres marseillaises ” et les affrontements d’Algues Mortes. 

 

L’Italie, que le fascisme proclama pompeusement habitée par un “Peuple de poètes, artistes, héros, saints, penseurs, scientifiques, navigateurs et migrants” exporta aussi des sportifs de haut niveau, comme le boxeur Primo Carnera, originaire du Frioul, champion du monde des poids lourds au physique colossal. La taille démesurée de ses chaussures (exposées) donne une idée de son gabarit hors norme et explique la volonté de Mussolini d’en faire un emblème de la force et de la virilité italienne.

De belles séquences de films illustrent de façon éloquente  les stéréotypes auxquels ont été longtemps réduits les italiens. La plus marquante est sans doute celle tirée de “Mademoiselle” (1966, Tony Richardson) où le bucheron italien Manou, caricature du mâle sauvage et hypersensuel, essaye de seduire Jeanne Moreau en lui faisant caresser un serpent qu’il porte enroulé à la taille. 

Au tout début du XX siècle, à une époque où la loi ne limitait pas encore les contenus publicitaires des boissons alcoolisées à leurs éléments dits « objectifs », un jeune artiste italien émigré à Paris,  Leonetto Cappiello (1875-1942), se fit connaître pour ses affiches publicitaires de Campari, Cinzano, Picon, marques pour lesquelles il créa des ambiances féeriques sans rapport immédiat avec le produit vendu. Il fut le premier à oser vanter un produit sans le représenter. Ses affiches, toujours basées sur le principe de la tache sombre sur fond clair ou de son contraire, attiraient le regard par leurs couleurs vives, acides, contrastantes.

Il existe encore aujourd’hui, de nombreux exemples où le motif de l’affiche de Cappiello est toujours utilisé sur les représentations de la marque (c’est le cas, par exemple du petit cheval du Chocolat Poulain).

L’exposition se termine avec un mur tapissé de mots italiens couramment utilisés en français: calcio, mercato, pizza, cappuccino, moderato, opéra… et bien sûr le sempiternel panini qu’au tout début, pendant mes premières années françaises, je me refusais d’utiliser au singulier, mais que j’ai fini par employer comme tout bon français, pour indiquer un (et un seul) sandwich dûment réchauffé.